Suite des interviews de Transfert.net sur le rôle de l’Internet à l’occasin de l’élection présidentielle : Jérôme Relinger, délégué national aux technologies de l’information et de la communication du PCF. Et co-fondateur de Netaktiv, fournisseur de services Internet.
Quel rôle, selon vous, l’Internet peut-il jouer pour le second tour des élections ?
Pas plus que pour le premier. Être un outil d’information qui ne remplace pas le militantisme, mais ajoute un nouveau média aux vecteurs d’information traditionnels.
Un nouveau média participatif et décentralisé, indépendantdes puissances financières qui se sont "payées" les grands quotidiens les uns après les autres, où -à l’exception de l’Humanité- elles détiennent des majorités de capital.
Une différence pour le deuxième tour réside peut -être dans la nécessité non plus seulement d’informer, mais aussi " d’alerter " sur le danger que représente l’extrême droite, et d’appeler, en ramenant son score le plus bas possible, à un sursaut démocratique capable également de submerger le vote Chirac sous les voix de gauche.
Vous- même, avez- vous un projet ?
Pas spécifiquement pour la campagne, hormis bien sûr le fait d’appeler à la mobilisation que j’évoquais plus haut. Pour la suite : refonte en cours du site de l’Humanité, une des plus grosses bases de données francophones (plus de 200.000 articles, pour plus d’un million de visites partrimestre). Et une refonte du site du PCF en septembre, pour aller vers un centre de ressources complet et inter- opérable.
On disait que l’Internet pouvait être un outil de la vie politique, vers plus de démocratie. Y croyez-vous encore ?
"On" disait tellement n’importe quoi sur le Web...
Je vous rappelle ce que "nous" disions : la politique, façon concertée et contradictoire dont nous organisons les rapports collectifs, se trouve questionnée. Les pratiques de transparence et de décision collective rendues possibles par le réseau mettent encore plus crûment en lumière les carences des organisations constituées, en même temps qu’elles ouvrent la voie à une explosion de l’intervention citoyenne. L’appétit de pluralité, le besoin d’apport théorique du militant vers le mouvement dont il porte le message, la liberté de parole et d’écoute revendiquée par les citoyens : toutes ces exigences disposent aujourd’hui d’un média, et exigent une pratique. La technique ne résoudra pas la crise de la politique, mais elle ouvre la voie à une politisation différente, où le citoyen, le militant, n’est plus relais ou client, mais devient acteur, stratège, décideur.
D’après le sondage Serveur-CSA/sortie des urnes, les internautes ont voté à 14% pour Le Pen (Jospin : 18% et Chirac : 20%). Les internautes sont-ils de droite ?
Non. Ces chiffres correspondent à 1% près aux résultats "réels". Ils démontrent que l’internaute est un citoyen comme les autres.