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16/01/2001 • 16h34

ARCHIVES 1.09 - « Le krach a assaini la netéconomie »

À 49 ans, Esther Dyson prend l’avion un jour sur deux, se lève à quatre heures tous les matins pour nager son mile et boit des pots avec Bill Gates. Première présidente de l’ICANN, l’organisme qui gère les noms de domaine, elle est aussi une diva du capital-risque.

Que pensez-vous des sommes faramineuses qui sont investies aujourd’hui par les capital-risqueurs dans les entreprises de la netéconomie ?

Le problème n’est pas dans les sommes investies. Le problème est d’être sûr qu’on a trouvé les bonnes personnes. Il y a probablement trop d’argent chassant un trop petit nombre de personnes. Ce qui signifie que celui qui devrait être directeur des ventes devient PDG. Et, ensuite, le PDG n’arrive pas à trouver de directeur des ventes...

Ce n’est pas un problème purement américain ?

Cela se passe aussi ailleurs, dans certaines poches géographiques. Depuis mars dernier, les choses ont pourtant changé ; ces questions sont devenues plus sensibles. Mais de nouvelles bulles spéculatives se formeront. Maintenant, tout le monde parle de B to B [business to business], et personne ne sait vraiment ce que cela veut dire... Une fois de plus, derrière, il n’y pas de modèle économique. C’est simplement un business à la mode.

Le e-krach de mars a-t-il assaini l’économie ?

La bulle était une « surréaction ». Je pense que le krach a finalement assaini la netéconomie. C’était la bulle financière qui était malsaine. Vous savez, il s’agit encore d’une histoire de mode : les cours grimpent rapidement et beaucoup trop haut, les gens réagissent de façon extrême et détruisent ce qu’ils ont adoré, au lieu de simplement se désengager. En tout cas, les choses sont plus rationnelles aujourd’hui qu’elles ne l’étaient l’année dernière.

La bulle est-elle complètement dégonflée ?

Il y aura d’autres bulles. Les gens continuent à monter des sociétés. Il y a cent ans, une bulle financière existait déjà. Dans plusieurs secteurs Internet, d’autres bulles apparaîtront encore. Par exemple, dans le domaine du B to B ou du P to P.

Que pensez-vous du peer to peer ?

Je crois que c’est un superbe modèle. La façon de faire de l’argent avec le peer to peer consiste probablement à vendre différentes choses aux participants. L’intérêt dans le business du P to P, c’est qu’il n’est pas centralisé, qu’il n’y a pas de propriétaire - pas d’authentique propriétaire. Donc, la seule manière de gagner de l’argent est de vendre aux participants des outils, des services... Il ne s’agit pas d’être vous-même un business peer to peer ; plutôt de vendre du « soutien au peer to peer ». L’infrastructure du peer to peer, plutôt que le peer to peer lui-même.

Quel type d’infrastructure, par exemple ?

Essentiellement des outils qui peuvent se réduire à pas grand-chose : de l’e-mail, des éléments pour construire des agents - car aujourd’hui, tout tourne autour des agents interactifs... Avec toujours la même vieille infrastructure Internet dont l’histoire commence seulement. Je suis sûre que quelqu’un va bientôt avoir l’idée de lancer la newsletter du peer to peer, qui coûtera très cher, et va vendre de la publicité grâce à elle... Ce que je veux dire par là, c’est que vous vous enrichissez toujours plus en vendant les munitions qu’en menant une guerre.

Vous avez observé l’industrie logicielle pendant les années 80. Que pensez-vous de la génération actuelle, axée sur le Net ? Est-ce que vous vous sentez aussi proche d’elle ?

C’est une question intéressante. Quand Bill Gates et des gens comme lui ont commencé, c’était un monde très différent. Ils étaient bien plus innocents, d’une certaine manière. Personne ne leur prêtait attention et ils ne prêtaient attention à personne. On n’écrivait rien sur eux dans Wired et sur transfert.net. Ils ne parlaient pas aux responsables politiques. C’était des gamins ! Mais ceux d’aujourd’hui... On a l’impression qu’ils sont chargés d’une mission. Il y a des tonnes de jeunes gens excités et excitants ; toutefois, ils font preuve de suffisance. L’arrogance serait un mot trop fort, et je ne connais pas le terme en français. C’est une certaine complaisance. Ils semblent tous affirmer : « il est évident que nous allons réussir ; nous méritons de réussir. Nous sommes au centre de l’attention, nous sommes au cœur de l’endroit où les choses se passent. » Bill et ses semblables ont fait ça parce qu’ils étaient passionnés par leur travail. Ils n’avaient pas besoin de l’expliquer parce que ça n’intéressait personne. Et maintenant, la génération actuelle a intégré l’idée que tout le monde est fasciné par son travail. Ce qu’ils réalisent est excitant et fascinant. Mais c’est un peu différent. Et il n’y a plus ce côté pionnier.

La révolution Internet tient-elle seulement à de l’innovation marketing, ou bien l’innovation technologique joue-t-elle encore une grand rôle ?

Le plus important, c’est l’innovation dans les business models. Il ne s’agit pas seulement de mettre sur le marché les mêmes vieilles choses. Il faut redessiner de nouveaux business. Et je pense qu’en fait, c’est un travail très créatif. Ce que font ePinions et Cint en Europe, ou des sites comparatifs comme PriceRunner et Zoomit ; ou encore des idées comme Payusback qui aide à obtenir des remboursements sur Federal Express et UPS, les sites de mécontents... Il y a beaucoup de créativité. Il existe même un site où l’on peut lever des fonds pour financer des projets artistiques...

Vous avez expliqué que dans l’économie de l’information, la passion poussait à ne plus compter les heures de travail. Pourtant, les salariés de start-ups semblent moins enthousiastes qu’autrefois : ils préfèrent le temps libre aux actions.

Ce n’est pas vrai pour tout le monde, et c’est ce qui est passionnant à mes yeux : il y a une grande variété d’individus. Certains aiment leur travail et y passent tout leur temps, certains haïssent leur famille, et donc se réfugient dans le travail... [rire]. D’autres aiment s’amuser et ne travaillent pas autant. Tout n’est pas tout noir ou tout blanc.

Internet devrait, selon vous, mettre l’accent sur la créativité et donner l’avantage aux PME. Le début des fusions à la AOL-Time Warner ou Vivendi-Universal laisse au contraire augurer d’un renouveau des monopoles industriels...

Ces grands groupes contrôlent effectivement le contenu, mais ils ne sont pas seuls. La concurrence pour Vivendi est incarnée par AOL. Et ils sont tous les deux en compétition avec une foule d’individus. AOL peut se battre pour se faire entendre, mais les gouvernements et les autorités protègent les petits. En réalité, il y a beaucoup de concurrence. Elle passe inaperçue parce qu’AOL est plus gros. Je suis moi-même une concurrente potentielle. Dire qu’AOL-Time Warner est un monopole, c’est comme prétendre que Mc Donald’s n’a pas de concurrence. Pourtant, chaque soir, des millions de gens cuisinent chez eux. Et chaque soir, des millions de gens lisent leurs mails, publient leurs petits e-zines, postent des images de leur copine, envoient à la ronde des blagues idiotes, discutent politique pendant des heures... Bref, tout cela existe, même s’il faut faire le tri.

Mais l’économie de l’information ne favorise-t-elle pas la constitution de vrais monopoles ?

Non. Elle favorise les monopoles en termes de standards techniques. Mais en termes de contenus, elle encourage la diversité. Le monde est varié. Les gens aiment Madonna, mais au final chacun choisit ce qu’il préfère, sa bizarrerie à soi.

Vous avez été pour le libre marché très tôt, dans les années 80. Avez-vous évolué depuis que vous avez investi en Russie et que vous avez pris la présidence de l’ICANN [Internet Corporation for Assigned Names and Numbers] ?

En Russie, j’ai appris qu’un marché libre était une bonne chose, mais qu’une régulation était nécessaire. On a besoin de respecter des règles de communication - il faut dire la vérité - et d’exécution des contrats. Vous ne pouvez pas mentir, ni voler. Il faut des règles.

L’ICANN a eu pas mal de critiques dans les médias concernant les récentes élections...

[D’une petite voix moqueuse] On nous a critiqués ?

Comment peut-on organiser des élections au niveau international alors qu’on ne peut pas contrôler qui vote...

Vous ne pouvez rien contrôler. Vous devez seulement faire face à des êtres humains. Vous mettez en place un maximum de protections. Vous faîtes ce que vous pouvez. Vous vous pincez le nez et vous sautez dans la piscine. Et vous essayez de nager ! Nous avons essayé de vérifier que les votants étaient bien ceux qu’ils disaient être. Tout le business dépend des adresses réelles, issues du monde physique. Personne ne pouvait s’enregistrer 50 fois en utilisant différentes identités et adresses électroniques. Au moins, la plupart des votants étaient des personnes réelles.

Chez France Télécom, qui compte des milliers de salariés, il semble que l’on ait appelé à voter pour le candidat maison. N’est-ce pas dangereux pour l’ICANN ?

C’est troublant. Mais le but n’est pas d’avoir le meilleur candidat dans le monde. C’est juste d’avoir des candidats honorables qui font de leur mieux. Je suppose que les employés de France Télécom n’ont pas suivi aveuglément les recommandations de leur employeur. Je ne sais pas. Je n’étais pas là. J’aimerais que vous m’indiquiez un site où je peux trouver des informations à ce sujet. Ce n’est pas illégal, mais c’est troublant.

Quel devrait être le rôle de l’ICANN dans les années à venir ?

Un rôle très limité : veiller à ce que l’Internet fonctionne bien. Le système des noms de domaine, des adresses IP, les protocoles... C’est seulement l’infrastructure. S’il y a des inquiétudes au sujet de fusions, ou autre chose de ce type, nous pouvons mettre en place des politiques et les appliquer par contrat. Nous n’avons pas d’autre pouvoir que celui de contracter. Si nous constatons des disputes, nous tentons de les dénouer avec notre politique de résolution des conflits. Nous essayons d’assurer un consensus là où il peut y avoir différentes questions comme : quel type de contenu vous préférez ? Ensuite, les gens doivent trouver leurs propres réponses, s’impliquer.

L’ICANN a-t-elle une vraie autorité morale ?

Non. Le rôle de l’ICANN n’est pas moral. C’est seulement une question d’infrastructure. Notre organisation ne s’occupe pas du comportement des gens. Si vous concluez un contrat, bien sûr, vous ne devez pas le rompre. Mais l’ICANN ne gouverne pas les gens : elle gouverne les ressources. C’est comme une autorité qui régirait la distribution de l’eau.

Certains affirment que l’ICANN ne serait pas transparente dans sa gestion et proposent d’en faire une organisation internationale.

Notre organisation est, en fait, très transparente. Sur notre site, vous pouvez voir combien d’argent nous dépensons, ainsi que toutes les décisions prises par le conseil d’administration. C’est très difficile à lire et ennuyeux, il y a beaucoup de termes juridiques. Mais c’est transparent. Cependant, certaines critiques sont tout à fait justes. On peut dire que nous aurions pu mieux gérer les élections - c’est absolument vrai. Avec des systèmes informatiques plus robustes, nous aurions mieux travaillé, nous aurions demandé aux gens s’ils voulaient recevoir des mails des candidats... Des choses comme ça. On espère faire mieux la prochaine fois ! Nous sommes comme Internet, nous évoluons. Nous faisons beaucoup de choses pour la première fois. Pas très bien, mais nous apprenons.

Et à propos de l’organisation internationale ?

Nous sommes déjà internationaux. Vous voulez dire par traité ? Entre gouvernements ? Euh... Nous souhaitons éviter le contrôle des gouvernements. L’important, c’est que nous n’avons pas d’autorité juridique. Tant mieux. Cela signifie aussi que nous ne pouvons pas prendre trop de pouvoir.

Depuis la publication de votre livre Release 2.0, vous avez l’impression que les choses ont changé...

Suis-je gênée par ce que j’ai commis ? Non ! Mon livre tient bien la route. La seule chose sur laquelle j’ai vraiment été trop optimiste, c’est quand j’ai cru que les gens feraient le nécessaire pour préserver leur vie privée et garder le contrôle de leurs données personnelles. Les individus et les consommateurs n’ont pas relevé ce défi. Les entreprises auraient dû proposer à leurs clients de surveiller les données qu’elles détenaient. C’est un marché en voie d’organisation, mais qui ne s’est pas développé aussi vite que je l’espérais. Et franchement, TRUSTe, dont le but est de défendre la vie privée, m’a déçue. Cette association n’a pas eu le courage moral dont elle aurait eu besoin. Dans le monde d’aujourd’hui, on entend beaucoup parler de prise de risque, d’entrepreneurs, mais pas de courage. Et le monde en a vraiment besoin. Nous avons besoin de courage pour faire ce qui est juste. Or, les gens semblent fascinés par ce qui est rentable, à la mode, ou bien qui va épater leurs amis. [Son visage s’éclaircit] Mais fondamentalement, je pense que le monde est un endroit très excitant. Je continue à découvrir de nouvelles personnes intéressantes... Je suis cynique en général, mais je reste toujours aussi avide de rencontres et d’idées nouvelles.

 
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