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1er/03/2001 • 12h58

Les premiers de la glace

archmag12
Entre le surf et les études, il n’y a plus à choisir. À la Cité scolaire Jean-Prévost de Villard-de-Lans, les lycéens-snowboardeurs ont une planche aux pieds et un ordinateur portable sous le bras. Dans la section des « Cyberchampions », on passe le bac tout schuss.

On dirait le remix enneigé d’un chemin de croix. Une procession de pénitents en anorak, avec une planche de snowboard leur barrant le dos. Tête baissée, buste cassé en avant, une poignée de surfers silencieux remontent à tout petits pas les allées bordant le half-pipe : un demi-cylindre de quatre mètres de haut sur 200 de long, taillé à même le glacier de Tignes. Lundi 18 décembre, le pôle Espoirs de l’Association française de snowboard (AFS) démarre un stage d’entraînement d’une semaine. Parvenu en haut, Rémi Moscato, 18 ans, attend son tour et récupère. À 3 000 mètres d’altitude et par - 5°, malgré le grand soleil, chaque effort est mesuré. Onzième meilleur Français en pipe au classement de l’AFS, il attache ses fixations et répète mentalement les figures de son prochain run. Puis il plonge dans le boyau gelé. Champion de surf le jour, Rémi se métamorphose en lycéen studieux à la fermeture des pistes. Le soir, cet élève de terminale scientifique s’attelle à ses devoirs sur son ordinateur portable. Ce luxe, il le doit à la Cité scolaire Jean-Prévost de Villard-de-Lans, où il prépare son bac. Depuis 1996, l’établissement du Vercors a mis en place le dispositif Cyberchampions. Objectif : permettre à la soixantaine de membres de la section ski-études, répartis de la seconde à la terminale, de déserter le bahut de décembre à la mi-mars pour se consacrer à la pratique de leur discipline : ski alpin, ski de fond, snowboard... Ce quartier libre hivernal n’a rien de vacances prolongées. Sur le pipe de Tignes, Rémi, qui a découvert le snowboard en 1995, passe ses journées à réviser ses gammes. Ffrrrrrrrrrrrrrppppp, ffrrrrrrrrrrrppppp ! La planche ripe sur la glace. Il fonce d’une paroi à l’autre et décolle à chaque fois d’un bon mètre à la verticale du rebord. Suspendu dans les airs, genoux fléchis, il attrape sa planche d’une main pour un « grab » et, d’un coup de reins, se remet dans le sens de la marche. En bas du pipe, Grégory Boutin, l’un des entraîneurs délégués par l’AFS, fronce les sourcils : « Détends-toi, t’es raide comme un piquet. Et ramène un peu ton pied droit devant quand t’es frontside. Allez, recommence ! » L’« autre » école, celle des exercices de maths et des dissertations sur Spinoza, paraît bien loin. Avant le retour définitif, en mars, Rémi n’y fera que de brèves incursions : une petite semaine en janvier, une autre en février. En contrepartie de ces aménagements, la scolarité du ski-études a été complètement revue. Le cursus s’étale sur quatre ans au lieu de trois et la pédagogie s’appuie sur l’utilisation de 45 portables Think Pad IBM, avec lesquels les lycéens peuvent suivre des cours à distance et communiquer avec les profs. Dans certaines matières seulement : histoire-géographie, maths et philosophie dans le cas de Rémi et de ses onze camarades de la classe ST4 (Terminale S, dernière année). Les enseignants des autres disciplines s’en remettent à ce bon vieux facteur pour acheminer devoirs et exercices. Cinq ans après le lancement du dispositif, les résultats sont plus que satisfaisants : à la session 2000, les Cyberchampions affichaient 85 % de réussite au bac. « Durant leur absence du lycée, nous ne les surchargeons pas de travail. C’est essentiellement de l’entretien et des révisions. Il leur faut revoir certains points pour être efficace au retour, juge Gérard Rozand, le prof de maths responsable des ST4. Mais, sans ce système, mener de front une scolarité classique et leur carrière sportive est quasiment ingérable. » En hiver, l’emploi du temps des Cyberchampions est effectivement millimétré. Entraînements individuels ou collectifs, compétitions françaises et internationales, négociations de contrats avec les sponsors pour financer la saison : pour Rémi, qui veut entrer, en 2001, dans les huit premières places françaises, les semaines s’enchaînent tout schuss. Le week-end précédant le stage de Tignes, il était à Isola 2000, dans les Alpes du Sud, pour une épreuve de Coupe de France de Snowboarder cross. Une descente avec obstacles où il a fini 5e. Pas le temps de savourer ce joli coup : dès la fin de la course, Rémi a ramassé ses affaires et repris le minibus du club de Chamrousse. Cinq heures de route, le dimanche soir, pour retourner à Grenoble passer la nuit chez ses parents. Et le lundi matin, rendez-vous à 8 h 30 avec Greg Boutin pour rallier la station de la Tarentaise ! « Sur un week-end de compétition, je n’emmène pas mon ordinateur. De toute façon, soupire-t-il, c’est impossible de bosser dans un appartement loué à six avec la télévision qui hurle en continu. »

Le chat et le guépard

À Tignes, l’ambiance est plus sereine. Rémi partage un petit deux-pièces avec Greg, lui aussi interne à Jean-Prévost. Un logement de transit, jonché de planches et de fringues de surf. Après une bonne journée d’entraînement, le garçon aux grands yeux verts s’est octroyé une douche et un léger repos. Avec sa bouille de conscrit russe et sa voix posée, il semble à mille lieues de la frime « poudreuse & fun » attachée à son sport. Sans doute l’influence de ses parents, un ingénieur hydraulique et une institutrice. Au départ réticents face à sa double carrière, ils ont fini par l’accepter, mais surveillent de près l’hygiène de vie du fiston. Rémi ne veut pas les décevoir. À 18 heures, sérieux et appliqué, il est prêt à potasser ses cours. « En moyenne, je m’y consacre à fond deux jours par semaine, mais cela dépend en partie des conditions météo. Pour le bac, je ne pars pas de rien, j’ai de bonnes notes, mais je ne veux pas me laisser surprendre par le temps qui file. Cela dit, mes potes me disent que je travaille tout le temps. » Celui que les mêmes amis ont surnommé « Le chat » pour sa grande discrétion sort de son sac sa bécane. Elle répond au nom de... « Guépard ». Une trouvaille du prof de maths, qui préfère assigner aux portables des noms de félins, d’oiseaux ou de fleurs plutôt que des numéros de série. « J’essaie d’en prendre soin. Durant les voyages, je l’ai toujours à portée de main. » Entre le snowboardeur fan de science-fiction et son compagnon informatique, les relations n’ont pas toujours été aussi tendres. L’an dernier, à son arrivée à Jean-Prévost, Rémi ne voyait en l’ordinateur qu’un gadget, mis en avant par le lycée à des fins promotionnelles. « Aujourd’hui, avec le bac qui se profile, ça me paraît plus utile car les semaines de retour ne suffisent pas à rattraper le retard accumulé. » Autre différence, il avoue avoir enfin appris à se servir des différents programmes fournis : traitement de texte, tableur, logiciels de géométrie ou de cartographie. « L’an passé, j’avais raté plusieurs séances d’initiation. Je m’énervais tout seul devant ma machine à tirer un trait en une demi-heure ! » Rémi déplore cependant la faible puissance de son portable, tout juste capable de se connecter par modem avec le serveur du lycée, mais inapte aux virées sur le Net. L’âge avancé des machines - un tiers d’entre elles ont cinq ans - serait également la cause de nombreux pépins techniques. Heureusement, en cas d’avaries sérieuses, on peut toujours appeler les profs au secours. Mais lorsque la panne est trop importante, il faut ramener l’ordinateur à Villard-de-Lans pour réparation. Gérard Rozand, qui gère aussi le parc informatique, tempère : « Des élèves avaient installé des jeux vidéo et ça mettait la panique dans le système. On a donc blindé les machines, mais certains savent désactiver les protections. » Le prof avance également des contraintes budgétaires. Si la région Rhône-Alpes, le rectorat de Grenoble et les entreprises, par le biais de la taxe d’apprentissage, participent au financement des matériels, l’achat de logiciels et les coûts de maintenance - 60 000 F par an - sont à la charge de l’établissement. L’enveloppe ne permet pas non plus de fournir un ordinateur à chaque membre du ski-études. Priorité est donc donnée aux premières et aux dernières années.

Costards en altitude

Grâce à son modem, Rémi se connecte au serveur du lycée. Délicate attention, l’écran affiche bientôt un « Bienvenue à Rémi Moscato ». « Je relève en moyenne deux fois par semaine les devoirs que nous envoient les profs », dit-il. Les bases Lotus Notes développées par le bahut proposent une partie programmes, avec cours et exercices, et des salles de classe virtuelles : histoire-géo, maths ou philo. Là, les élèves peuvent poser des questions de cours aux profs et en faire profiter les autres, débattre entre eux d’un point au sein de forums ou mettre en commun leurs travaux pour constituer des fiches de révision. Le système de messagerie interne renforce l’esprit de groupe. On échange des histoires « drôles ». On règle aussi certains comptes, comme à la sortie du lycée. Très médiatisés et donc chouchoutés par les équipementiers, les snowboarders agacent quelque peu les autres skieurs. « L’an dernier, un alpin a balancé à tous les membres du ski-études un message où il nous taillait gentiment un costard, raconte Rémi. Les retrouvailles ont été un peu tendues. Cette année, l’ambiance est bien meilleure. » En moyenne, un cyberchampion envoie 70 mails par an, selon les statistiques du prof. Qui, finaud, s’empresse d’ajouter : « On ne surveille ni le contenu, ni les destinataires ! » Les profs, eux, s’enquièrent, par mail, des résultats sportifs de chacun. Et répondent aux sollicitations individuelles. « Dès qu’un élève bute sur un problème, on essaie de débloquer la situation à distance », explique Gérard Rozand, qui s’astreint à répondre à son courrier électronique tous les deux jours. Compréhensifs, les profs n’hésitent cependant pas à hausser le ton, via des mails d’alerte, lorsque les exercices tardent à revenir. Malgré ce suivi personnalisé, nombre d’élèves, notamment les plus jeunes, sont encore tentés de mettre les études en veilleuse durant les mois d’hiver. Or, la règle du jeu est claire : résultats scolaires et performances sportives doivent progresser de concert. Sinon, c’est l’exclusion du ski-études en fin d’année. En cas de besoin, les entraîneurs s’aventurent en hors-piste : Greg Boutin confesse ainsi se transformer à l’occasion en « Papa devoirs » pour des coups de main en maths ou en espagnol. « Mais je leur donne surtout des conseils, explique le coach de 26 ans. Je leur explique qu’ils ont de la chance d’être dans de telles structures, je les pousse à faire la part des choses pour qu’ils réussissent sur tous les tableaux. » Un message parfaitement intégré par Rémi-le-sérieux. Trop peut-être, aux yeux de son entraîneur, qui lui reproche parfois son manque de folie. « C’est clair, cette année, mon objectif n°1, c’est le bac. Avec le snow juste derrière », confie Rémi, en triturant son bonnet rouge. À moins d’une progression fulgurante dans ses résultats sportifs, le Grenoblois compte aller le plus loin possible dans les études. Peut-être même jusqu’au diplôme d’ingénieur. « J’avais envie d’entrer à l’INPG (Institut national polytechnique de Grenoble), mais ils n’ont pas de cursus adapté au ski-études. J’irai sans doute en fac de sciences : ils proposent un Deug aménagé en trois ans. » Une manière de repousser l’heure des choix. D’éviter les chutes, aussi.

 
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