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1er/12/2000 • 16h34

Vainqueurs par Chaos

archmag10
Internet gouverné par un hacker ? Andy Müller, le porte-parole du Chaos Computer Club, vient d’être élu à l’ICANN, l’organisme qui gère les noms de domaine sur Internet. Pour les 1 500 membres du collectif allemand, c’est la consécration. Et le début de toutes les tentatives de récupération. La théorie du Chaos est-elle soluble dans la netpolitique ? Réponse à Berlin, dans l’antre des pirates.

« J’aimerais bien avoir une machine antigravitationnelle pour me déplacer instantanément et sans polluer. Mais on n’en est pas encore là et il faut bien que j’évangélise les gens. Alors, je roule en Mercedes ! » Assis sur le toit du petit monde de l’Internet, Andy Müller fonce à 100 km à l’heure dans les rues de Berlin-Est. Si son costume noir trop large ne le montre guère, ce presque trentenaire a pourtant de l’envergure : depuis la mi-octobre, il représente l’Europe au sein de l’ICANN, l’organisme qui gère les noms de domaine sur Internet. Il a été élu à ce poste lors d’un très officiel scrutin en ligne. Pourtant, Andy est un hacker. L’un des plus connus du Vieux Continent : il est le porte-parole du Chaos Computer Club, un collectif créé en 1981 qui regroupe 1 500 hackers allemands. Calé dans son siège en cuir, il parle fort pour couvrir le dernier album d’Underworld. Sourire en coin, l’hyperactif se rappelle les semaines passées. « 48 heures après mon élection à l’ICANN, j’avais reçu 800 messages de félicitations. » Dans toute la presse allemande, on lisait : « Internet gouverné par un hacker. » « Quand la CDU, le parti chrétien démocrate de Kohl, a émis un communiqué me félicitant, ça a vraiment commencé à m’énerver. J’ai senti que l’establishment voulait me récupérer », dit-il. Le lendemain, le très conservateur quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung demande au jeune élu d’écrire une « déclaration de gouvernement ». « J’y ai vu une chance de mettre les choses au point. Je ne voulais pas commencer par un compromis. » ...crit pendant la nuit, le texte qui paraît dans le quotidien le plus respecté d’Allemagne n’est pas tendre. Arrogant et plein d’esprit, Müller y écrit entre autres que « les avocats portent des cravates à jabot, qui sont bien connues pour restreindre l’accès d’oxygène au cerveau » ou, encore, que « la propriété intellectuelle est un vol de l’espace public ».

Andy Müller, 28 ans, dans les réseaux informatiques depuis 16 ans, membre du Chaos Computer Club depuis 1986, se revendique « agent de voyage pour les données ». Adolescent, le hacker séchait les cours pour mieux traîner au Club. À l’époque, l’association est encore fragile et, en 1987, le Chaos connaît une grave crise. Steffen Wernery, porte-parole et fondateur, est invité à Paris par Philips pour donner une conférence sur la sécurité informatique. En fait, il est arrêté et reste en détention provisoire pendant 10 semaines, car Philips et Thomson le tiennent pour responsable d’un piratage qu’ils viennent de subir. Dans la mobilisation du Club pour sauver le fondateur, Müller est l’un des plus actifs. Mais quand Wernery est enfin libéré, c’est pire : le Chaos connaît une véritable guerre intestine dans laquelle tous s’accusent de travailler pour les services secrets ou de coucher avec la copine du voisin. Dégoûté par ces luttes fratricides et parano, Müller devient de facto porte-parole d’un Club à la dérive. Son style plus positif remet le Chaos en selle. Il s’emploie alors à faire passer le message originel : la technologie va révolutionner nos vies, l’information doit être libre, les hackers qui ont des activités illégales ne sont pas forcément des criminels.

Car depuis sa création, le Club s’est constitué en association et mène ses actions de hacking à visage découvert. Un choix salutaire pour se démarquer des pirates américains qui agissent sous pseudo, affectionnent le port de masques et le saccage des chambres d’hôtel. Identifié comme une source de scoops, le Club gagne, dans la presse, une image de « Robin des bois du Net » : en 1984, quand l’Allemagne installe son réseau minitel, ils détournent ainsi 130 000 DM (436 000 francs) de la Caisse d’épargne de Hambourg, qu’ils rendent aussitôt après avoir écrit un communiqué sur les failles de sécurité du système. Suit une décennie de hauts faits, du piratage des données de la NASA, en 1986, au crack de la protection des cartes de D2, le réseau GSM de Mannesmann, en 1996.

« Club intergalactique »

Les politiques commencent à s’intéresser à ces bidouilleurs de talent. Dans la belle cafétéria du dernier étage du nouveau Bundestag, Jörg Tauss, responsable Internet du SPD, le parti du chancelier Schröder, se plaît à expliquer sa vision de l’animal Müller, qu’il tutoie depuis longtemps. « C’est moi qui suis venu vers lui après avoir travaillé sur la cryptographie. En 1996, j’ai proposé qu’on invite le Chaos Computer Club aux auditions législatives. » Ces réunions, qui précèdent l’adoption des lois, sont une tradition allemande d’écoute des syndicats, des scientifiques ou des experts dans différents domaines. La première fois, Andy fait sensation. Tauss raconte : « Après quelques minutes, les députés CDU se sont décidés à lui poser une question sur la régulation étatique. Il a répondu : “Ça ne me concerne pas. Le Chaos Computer Club est une association intergalactique.” » Quand Müller repart, les députés conservateurs font semblant de désinfecter la pièce. Ambiance. Depuis, tous ont reconnu l’expertise du Club. Cas pratique : en 1998, le gouvernement allemand a voulu faire passer une loi autorisant la surveillance des communications. Jörg Tauss a convaincu des acteurs économiques de protester contre ce texte liberticide, qui a été temporairement retiré. Le nouveau projet sera bientôt visé par un collège de trois experts, parmi lesquels un des membres du Chaos.

Aujourd’hui, toutes les formations politiques courtisent Andy et ses hackers. Même les libéraux, pourtant peu enclins à l’ouverture. Dans son confortable bureau parlementaire, Hans-Joachim Otto, responsable Internet du FDP, le parti libéral, se vante ainsi d’avoir voté pour le hacker aux élections de l’ICANN. « Il y a une parenté entre les libéraux et les libertaires, mais si nous voulons tous un recul de l’...tat, les libéraux sont pour une forme de contrôle. Je vais contacter personnellement Müller pour lui faire part de nos vues. » Müller l’arrogant s’amuse naturellement de ces courbettes inattendues. Il distribue les bons points, mais surtout les mauvais : « Les libéraux ? Qu’est-ce qu’ils ont fait pour Internet ? » Au contact des décideurs, Müller le diplomate redécouvre des principes simples de politique, inspirés pêle-mêle de la science-fiction, d’auteurs libertaires, de la mythologie grecque ou de la culture comics. Dans la très paranoïaque trilogie Illuminati, il a appris à adapter son langage. « Pour chaque type d’interlocuteur, il y a un Fnord. C’est comme une formule magique qui leur fait faire ce que vous voulez. Pour les directeurs techniques, c’est “interruption d’exploitation”, pour les ...tats, c’est “emploi”, pour les investisseurs, c’est “e-commerce”. »

Müller, le Machiavel en baskets délacées, a aussi séduit le business, qui n’hésite plus à sponsoriser certaines actions du Club. Tim, le n°2 officieux, raconte : « Nous proposons aux sponsors une tactique profil bas : vous nous donnez des équipements dernier cri mais vous ne faites aucune pub. Si ça marche, les hackers le verront d’un bon œil et ce sont eux qui décident des choix techniques des start-ups dans lesquelles ils travaillent. » Durant le Chaos Communication Camp de 1999, Nokia, 3COM et Cisco ont prêté pour plus de 3 millions de francs de matériel aux 2 500 pirates venus de 30 pays. « Il fallait voir la tête des responsables quand ils ont vu leurs câbles en fibre optique branchés dans des toilettes portatives au milieu d’un champ ! »

Bernhard Rohleder, jeune patron du Bitkom, un important syndicat patronal qui regroupe 1 200 entreprises des nouvelles technologies, explique : « Médias, politiques ou industriels, tous ont contribué à faire d’Andy Müller l’avocat officiel de tous les utilisateurs d’ordinateurs et du Club un chien de garde reconnu. » Les mentalités évoluent. « Cela fait cinq ans que les entreprises ne les voient plus du tout comme des pirates, et peut-être un an qu’on les accepte dans les salons », estime-t-il. Et si les entreprises se réjouissent « que les failles de sécurité soient trouvées par le Chaos plutôt que des pirates russes », il l’utilise aussi comme un excellent vivier de recrutement.

« Engueulade à haut débit »

Müller a le vent en poupe. Personne n’ose encore le critiquer ouvertement. Pourtant, les langues commencent à se délier en off. Ainsi, pour Rohleder, le jeune homme serait tout de même « mystérieux, idiot, irréaliste et vaniteux », bref « l’erreur de casting parfaite » pour représenter l’Europe à l’ICANN. Comme d’autres, il espère surtout que les nouvelles responsabilités de Müller « vont le faire devenir adulte ». À la manière des Verts allemands, les membres du Chaos iraient vers une institutionnalisation progressive.

Pour Tim, reponsable culture et partenariats du Club, le danger n’est pas très grand. Assis dans leur local berlinois décoré de carcasses d’ordinateurs, il affirme : « Andy voyage juste un peu plus loin. S’il faisait une erreur ou s’il pétait les plombs, il aurait de toute façon à répondre devant nous le mardi soir suivant, lors de nos réunions hebdomadaires, comme d’habitude. » Le Club est en effet une nébuleuse de connaissances, sans cadre précis. « Nous avons une aversion naturelle envers toute structure de direction », assène Tim. Leur proverbe préféré dit : « Mettez deux membres du Club dans une pièce, vous obtiendrez entre 3 et 5 avis différents. » Ils prêchent le « discordianisme », « les vertus de l’engueulade ». Amoureux de la décentralisation à l’allemande, ils auraient trouvé la formule miracle du bordel organisé. « Dans une situation difficile, les diplômés d’école de commerce échafaudent toujours des plans d’action globaux mais irréalisables. La méthode Chaos, c’est une certaine conception du zen à l’européenne », explique aussi Ekke, membre du Club depuis douze ans.

L’élection à l’ICANN semble avoir résolu un des dilemmes du Club, qui n’a jamais voulu rentrer dans « le système politique allemand classique, qui ne sert à rien ». Aujourd’hui, Andy Müller, le globe-trotter aux deux téléphones portables, évangélise les grands de ce monde, de conférence en conférence. Le matin, il arrive d’Helsinki à Munich. Dans l’avion, il a échangé des mails avec Esther Dyson, la diva du capital-risque. Il expose la cryptographie à un syndicat régional de banquiers, avant de partir pour Berlin, où il est attendu pour un séminaire franco-allemand sur la société de l’information en Europe. Il prépare, pour le 27 décembre prochain, le 17e Congrès du Club. Au programme pour les 2 000 visiteurs attendus : un débat sur les droits d’auteurs qui promet d’être une « engueulade à haut débit », une tente sur le thème « On peut créer de l’art et de la beauté avec un ordinateur », des installations Linux et des discours en tous genres.

Que souhaite encore Müller ? « La paix sur la Terre et une bonne mentalité pour toutes les femmes et tous les hommes », lance-t-il, hilare. C’est une réplique de Sneakers, un film de science-fiction dans lequel le gouvernement américain charge des pirates d’inventer un outil de décryptage. En échange, les autorités exauceront le souhait de chacun des hackers. Au grand dam des autorités, l’un d’entre eux formule ce vœu impossible.•

Chaos Computer Club:
http://www.ccc.de Andy Müller:
http://www.ccc.de/~andy Le 17e Congrès du CCC:
http://www.ccc.de/congress
 
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