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1er/04/2001 • 23h59

Humains à vendre

archmag13
 
Les labos occidentaux raffolent du patrimoine génétique des populations isolées. Mais la chasse aux gènes ne s’embarrasse pas toujours d’éthique. Contre le biocolonialisme, les ONG organisent la résistance.

Qu’ont en commun une jeune Panaméenne de la tribu des Guaymi et un vieil homme résidant dans les îles Salomon ? Leurs cellules ont fait l’objet, entre 1993 et 1994, de dépôts de brevets par des instituts de recherche publics américains. Leur ADN contient un élément unique qui pourrait permettre de créer des vaccins et des traitements contre la leucémie. Les organismes américains, conscients des centaines de millions de dollars de profits potentiels, n’ont pas pris la peine de s’assurer du consentement éclairé des individus prélevés. Ni d’informer leur gouvernement, encore moins de leur donner le bénéfice du brevet. Pour les ONG qui ont découvert leur cas, ces individus sont les tristes pionniers d’une nouvelle réalité : le biocolonialisme. La colonisation des ressources génétiques a d’abord concerné les plantes. Mais, très vite, une ressource beaucoup plus rentable s’est fait jour : l’humain. Un tabou est tombé : l’homme est à vendre. Au plus offrant, au plus rapide, au plus malin...

Alertée dès mai 1993, l’ONG canadienne Rural Advancement Foundation International (RAFI), a lancé un large mouvement de protestation. Avec le World Council of Indigenous People et le World Council of Churches, ils ont interpellé la commission des droits de l’homme des Nations unies et l’Organisation mondiale du commerce : « Il est fondamentalement immoral de s’approprier des substances humaines. Cela va contre notre vision de la nature et viole l’intégrité même de la vie », résume Isidro Acosta, président du Congrès Guaymi, à Panama. Sous la pression grandissante, le gouvernement américain a finalement retiré ses brevets.

Génies génétiques

Mais l’intérêt pour les gènes indigènes ne fait que grandir. Les échantillons d’ADN de populations isolées, peu brassées, au profil génique homogène, sont précieux pour les chercheurs : ils permettent d’identifier plus facilement un gène rare, siège de telle maladie ou de telle résistance exceptionnelle. En marge de la course que se livrent, au grand jour, le Human Genome Project et Celera Genomics pour cartographier le génome de référence de l’espèce humaine, la quête de la diversité génétique suit ainsi son cours. Depuis 1991, le Human Genome Diversity Project, un groupe international de chercheurs, a entrepris de répertorier 722 populations isolées principalement pour étudier, par la génétique, l’histoire des migrations sur la planète. Dès 1993, le World Council of Indigenous People a condamné en bloc le projet : sous des dehors très respectables, il allait à l’encontre des droits de l’homme et s’avérait beaucoup plus commercial qu’il n’y paraissait. Inquiètes des répercussions, les fondations américaines ont donc cessé de financer les expéditions. Mais, sur le terrain, la prospection génétique continue et les associations anti-biocolonialisme peinent à suivre la trace des chercheurs, tant les cas sont nombreux : Colombie, Chine, Taiwan, Philippines, Canada, Nauru, Australie, Île Maurice, Îles Samoa, Îles Cook, Pingelap, Vanuatu, Paraguay, Pérou et même ...tats-Unis (voir la carte p. 38). Dans les années 80 et 90, les habitants de ces pays ont fait l’objet de dizaines de milliers de prélèvements sanguins ou d’urine, censés servir la science mais profitant, souvent, aux labos.

« Partout où l’on va, les tribus nous racontent des histoires similaires, mais il est extrêmement long et difficile d’obtenir des informations. Qui a fait ces prélèvements ? Quand ? Combien ? Dans quel but ? Les citoyens concernés n’en savent souvent rien, et pour cause : personne ne s’est soucié de les informer », explique Julie Delahanty, de l’association RAFI, au sortir du sommet Sud-Sud sur le biopiratage qui a réuni, du 20 au 26 février, une vingtaine d’organisations sur l’île de Borneo, en Indonésie. Si la base de données des brevets américains est publique, elle n’oblige en rien les déposants à mentionner l’origine des échantillons. La Philippine Victoria Tauli Corpuz, présidente du Indigenous People’s International Centre For Policy Research and Education, a trouvé la preuve que le groupe pharmaceutique suisse Hoffmann-La Roche a tenté de profiter de la mission humanitaire venue assister les victimes du tremblement de terre de 1991 pour obtenir des échantillons génétiques de la tribu des Aetas. « Ces nomades étaient extrêmement vulnérables, mais je ne sais pas si Roche a reçu les prélèvements, ni ce qu’ils en ont fait. » Sur le terrain, les activistes constatent une collusion permanente entre recherche publique et recherche privée : si leurs buts sont souvent différents, elles convoitent le même matériau pour leurs expériences. « La majorité des chercheurs universitaires américains ont des contrats avec des groupes privés, surtout en génétique. Dans les années 60 et 70, nous avions des règles strictes pour empêcher cela. Aujourd’hui, elles n’ont plus cours », confirme la doyenne Ruth Hubbard, professeur émérite à Harvard et membre du Council for Responsible Genetics et du Indigenous People’s Council on Biocolonialism. À Harvard comme ailleurs, un bureau des brevets gère désormais activement le portefeuille, les accords de co-invention et les licences. La prestigieuse institution est d’ailleurs très vivement attaquée pour ses recherches sur l’obésité, menées en Chine, en partenariat avec le groupe américain de biotechnologies Millenium. Les milliers d’habitants de la province de An Hui n’ont jamais reçu l’assistance médicale gratuite que les chercheurs leur avaient promise. Mais Millenium a réussi à attirer, pour ses recherches, 150 millions de dollars d’investissement, en provenance de grands labos du monde entier. Et possède, accessoirement, depuis l’été 1997, le brevet sur le gène de l’obésité.

Affreux et à sang

À mesure qu’activistes et médias sensibilisent l’opinion aux enjeux du biocolonialisme, les chasseurs de gènes affinent leurs stratégies. Les projets les plus récents cherchent à associer directement les gouvernements. C’est ce qui s’est passé en Islande, avec DeCODE Genetics ; ou encore en Estonie, où le gouvernement a annoncé, fin 2000, qu’il allait créer une base de données de recherche génétique. Sur le site destiné à séduire les grands labos, les pouvoirs publics développent un argumentaire douteux sur les avantages du cocktail balto-scandinavo-russe, par rapport au pedigree homogène des Islandais.

Dernier exemple en date : une start-up australienne, baptisée Autogen, a débarqué, en novembre 2000, dans les Îles Tonga. La population y est connue pour son fort taux de diabète et d’obésité depuis qu’elle a adopté un mode de vie occidental. Pour ce programme, les apparences ont été soignées : Paul Zimmet, chercheur renommé de l’International Diabetes Institute, qui sillonne le Pacifique depuis 20 ans, apporte sa caution scientifique officielle. « Nous avons 44 000 échantillons de populations d’origine polynésienne, micronésienne, indienne, créole, chinoise et caucasienne. C’est unique », dit-il. Greg Collier, qui a découvert les Tonga en venant surfer sur les côtes, s’occupe du business et surtout des relations avec le groupe pharmaceutique franco-allemand Merck-Lipha qui a acheté, pour 5 ans, l’exclusivité d’exploitation des recherches pour le diabète et l’obésité. Montant du contrat : 10 millions de dollars australiens (5,5 millions d’euros) par an et 5 de plus à chaque découverte. Le marché potentiel ? « C’est franchement énorme », avoue en souriant Philippe Durbin, le directeur de recherche chez Lipha, à Lyon. Sur place, les 110 000 Tonguiens sont invités à participer volontairement à la base de données, via médecins et hôpitaux. Le ministère tonguien de la Santé a aussi négocié la construction d’un labo sur place et une part – comprise entre 1 et 3 % – des royalties perçues par Autogen. Problème : la population n’est pas encore au courant du projet alors que le deal est déjà conclu. Les prélèvements, eux, commencent dans un mois. Pour Lopeti Senituli, membre du Tonga Human Rights and Democracy Movement, ce contrat est scandaleux : « Nous parlons ici du sang sacré d’êtres humains et pas de la composition génétique de nos porcs. Il y aurait dû y avoir des débats publics avant que le ministre ne signe. »

Pour mener leurs recherches génétiques sur des tissus humains, universités et entreprises ont été amenées à développer leurs propres codes de déontologie.

« Il n’y a pas de directives de l’Organisation mondiale de la santé pour ce type de recherche », confirme Paul Zimmet, le diabétologue associé au projet Tonga. Pour Debra Harry, de l’Indigenous People’s Council on Biocolonialism, le protocole d’éthique établi par Autogen pour ses recherches dans l’île est « assez peu convaincant. Comme toujours, les responsabilités ne sont pas clairement établies en cas de non-respect de la charte ». Cette activiste américaine de la tribu des Indiens Paiute tente en ce moment d’aider les Nuu-Chah-Nulth dans leur combat pour récupérer les échantillons sanguins qu’un chercheur d’Oxford a prélevé sur eux, au milieu des années 80. Le professeur Ward – qui a reconnu avoir utilisé les tissus collectés pour d’autres recherches que celles qu’ils menaient à l’époque sur l’arthrite – ne les a toujours pas renvoyés vers la réserve où vivent ces Indiens, en Colombie britannique (Canada). En Islande, une malade atteinte de sclérose en plaques attend, elle aussi, depuis deux ans, que la société deCODE lui rende ses échantillons sanguins. Cette société commerciale, qui a le monopole d’exploitation de la base de données génétiques nationales, ne répond pas aux injonctions du Comité de protection des données, l’autorité administrative qui a été créée pour protéger les patients.

Outre les nombreuses entorses à l’éthique, les populations qui servent de cobayes soulignent toutes que la génétique détourne des millions de dollars qui pourraient financer des recherches plus efficaces à court terme : « Aujourd’hui, nous avons besoin d’eau potable, de nourriture et d’assistance médicale, pas de thérapies géniques qui ne seront prêtes que dans 10 ans », rappelle Debra Harry. D’ailleurs, rien ne garantit, aujourd’hui, l’avenir médical de la génétique. Pour Mae Wan Ho, la généticienne qui dirige l’ONG anglaise Institute for Science in Society (UK), les grands groupes font du réductionnisme : « Les gènes ne sont pas des machines et réagissent toujours dans un contexte donné. Tout cela n’est que de la science fumeuse. » Marcello Siniscalco, un chercheur universitaire italien, membre du comité exécutif du Human Genome Diversity Project, est encore plus dur : « Les brevets industriels sont un excellent moyen d’attirer l’attention quand on vend un produit inutile. »

Depuis la découverte du biocolonialisme, le débat s’est progressivement focalisé sur la question des brevets. Marvin Teitel, président du Council for Responsible Genetics, qui rassemble des dizaines de chercheurs américains, fustige la notion même de brevetabilité du vivant. « Depuis des années, les chercheurs du secteur public estiment qu’il s’agit d’une terrible entrave à la liberté de la recherche, dit-il. Aujourd’hui, les groupes pharmaceutiques eux-mêmes commencent à s’en rendre compte. » Comme plusieurs autres, l’université de Pennsylvanie a annoncé, l’année dernière, l’arrêt de ses recherches pour trouver un remède au cancer du sein, en raison des prix trop élevés des licences pour utiliser les brevets déposés par le laboratoire américain Myriad.

Pour combattre les recherches génétiques sur le terrain, les ONG poussent les gouvernements des pays directement concernés à déclarer des « zones sans brevets ». Comme aux Philippines et en Inde, ces lois permettent de renvoyer ponctuellement des chercheurs indésirables, mais n’empêchent en rien les dépôts à l’Office des brevets américains. Depuis l’arrêt Diamond contre Chakrabarty (lire ci-dessus), cet Office n’a pas cessé d’étendre le domaine de la brevetabilité à toutes les formes vivantes. Jusqu’à accepter que soient déposées des séquences d’ADN brut, dont les chercheurs ne connaissent pas encore l’utilité. Et cette logique pourrait se généraliser, grâce aux accords sur la propriété intellectuelle et commerciale de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et la directive européenne de 1998 sur la brevetabilité des inventions biotechnologiques. « Passer du droit du brevet européen au droit de la propriété intellectuelle américaine, c’est comme passer du brevet sur le piège à souris à celui de l’idée même de piège à souris », résume Jean Pierre Berlan, directeur de recherche à l’Institut national de recherche agronomique (INRA) et membre du conseil scientifique d’ATTAC (Association pour la taxation des transactions financières pour l’aide aux citoyens). Depuis la mobilisation de Seattle en novembre 1999, les négociations au sein de l’OMC sont au point mort, mais les ...tats de l’Union européenne devront intégrer, prochainement, dans leur droit national, la directive qui concerne ce sujet.

Comme en Antarctique

Avec la Confédération paysanne et les Verts, entre autres, ATTAC a contribué à faire échouer deux tentatives de vote par l’Assemblée nationale en l’an 2000, mais s’attend à un « moment délicat » quand le texte sera réexaminé, vers juin 2001. Alors que la Norvège, la Hollande et l’Italie demandent une révision de la directive européenne, une nouvelle stratégie globale se dessine. « Pour isoler les ...tats-Unis, il faut concentrer nos efforts sur l’Europe », annonce l’auteur américain Jeremy Rifkin, président de la respectée Foundation on Economic Trends. Lors d’un sommet de l’International Forum on Globalization, qui s’est tenu à New York, les 24 et 25 février derniers, il a lancé, avec une dizaine d’organisations indigènes et d’ONG, l’idée d’un traité international intitulé No Patents on Life (pas de brevets sur le vivant). « L’idée est de considérer le génome comme un bien commun de l’humanité, au même titre que l’Antarctique. Un bien qui ne pourrait être breveté par personne et serait géré par une institution internationale indépendante, créée par les ...tats signataires », explique l’auteur du best-seller Le Siècle biotech. En mai prochain, quand le traité sera rendu public, Rifkin assure qu’il sera soutenu par l’opinion publique américaine, l’industrie de l’assurance, la fédération des partis écologistes européens, le ministre italien de l’Agriculture ou encore Greenpeace. Lors du même forum international, la leader indienne Vandana Shiva a exhorté les activistes à passer à l’action. « Notre combat est juste. Rappelez-vous le cas des OGM, l’industrie n’est pas si puissante qu’il y paraît. » Une nouvelle (et belle) bataille pour les adversaires de la mondialisation.

 
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